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Le meilleur de 2010, tout le meilleur pour 2011

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Quelle année chargée. Certains d’entre nous se souviennent peut-être de leur première écoute des albums de Eels, Surfer Blood, The Besnard Lakes, Roky Erickson, Tom Petty, Arcade Fire, Grinderman, Robert Plant, Kings of Leon et de Girls – se rappelant ainsi de l’amplitude de 2010. De la diversité, en quantité : tellement en fait que si l’année doit être vue par l’oreille, elle est passée vite et d’une manière qui n’est pas si mauvaise.

The Black Keys : "Brothers"

Et maintenant qu’elle est en effet passée, le temps pour les récompenses et critiques rétroactives est venu. Vos publications préférées y sont probablement déjà allées de leurs listes et commentaires sarcastiques vis à vis de la concurrence. J’essayerai d’être léger, sur les commentaires. Ce qui ne fait pas de moi un croyant en l’Eglise de Pitchfork. Il est vrai que leur lauréat de cette année est assez grand public (“My Beautiful Dark Twisted Fantasy” de Kayne) mais leur top 100 semble confondre les définitions de ce qui est bon et de ce que personne n’a jamais entendu. Ce n’est pas surprenant et cela peut même être très vrai – ils ont peut-être à la fois le meilleur sens musical et les meilleures sources underground. Ce débat est inutile de toute façon. Se plaindre du coté snob de Pitchfork relève du pur manque de curiosité. Vous n’avez pas entendu parler de cet artiste qu’ils aiment ? Essayez, n’en déduisez pas que c’est nul. Même si ça l’est sûrement.

Le commentaire le plus intéressant que j’ai rencontré en cette saison divertissante est, cependant, l’assez inoriginal cri du “Cela ne peut pas être le meilleur album de l’année : les journalistes n’écoutent jamais tout, et même ce qu’ils ont entendu, ce n’était que deux fois. Et puis ça n’a pas vendu tant que ça”. Cela sonne comme du Ricky Gervais, mais c’est l’idée d’un article trouvé sur The Independent. Pour commencer, il est certes vrai que certains journalistes n’écouteront que deux fois un album avant d’écrire leur critique. Parfois c’est bien assez. Mais lorsqu’ils donnent à un CD une véritablement bonne critique, du genre de celles qui font de cet album un candidat au titre de “meilleur de l’année”, vous pouvez parier qu’ils ne vont pas s’arrêter à deux écoutes. Si ils l’ont réellement apprécié, il ne vont pas le mettre de coté simplement parce qu’il y a tant d’autres choses à entendre. Je sais d’ailleurs par expérience que le dernier LCD Soundsystem a ses fans dans l’armée de journalistes musicaux Britanniques et qu’ils se sont assurés que l’étage de leurs bureaux a pu partager, plusieurs fois, cet enthousiasme.

Quant au nombre d’exemplaires vendus, ça ne peut qu’être une blague. Venant de The Independent, donc une blague d’intello. Les chiffres ne font pas la vérité, la qualité ou la raison. Ils font la norme. Il est donc peut-être “normal” d’acheter les albums de Susan Boyle et de Taylor Swift, qui ont toutes deux vendu par camions entiers leur…marchandise. Cela n’est pas pour autant bien. Certes, les goûts musicaux sont subjectifs comme la plus part des choses qui ne sont pas purement scientifiques, mais d’aucuns pourraient croire que l’opinion d’individus formés, qui ont la confiance d’un lectorat et qui ont construit leurs vies et leur professionnalisme autour de la musique vaut un poil mieux que les habitudes d’achat d’une masse dont la consommation de l’art est principalement motivée par MTV, la Star Ac’, les radios commerciales et la publicité. Le mot que vous recherchez, soit dit en passant, est “snobisme.”

The Besnard Lakes : "Are The Roaring Night"

Mais en voilà assez avec les commentaires. Il semble que le titre d’album de l’année 2010 a été donné bien souvent à celui de Kayne, parfois à “The Suburbs” d’Arcade Fire, et une fois donc à Susane Boyle, qui résonne encore dans la rédaction de The Independent. Il est assez évident que ceux qui ont apprécié “The Suburbs” ne sont pas forcément les mêmes qui sont sensibles aux charmes de “My Beautiful Dark Twisted Fantasy”, peu importe les efforts de Kayne West pour populariser sa musique, et vice versa. Il ne peut pas y avoir un seul meilleur album de l’année. Mais je n’ai certainement pas écouté quelque chose de pire que ce “Something for the Rest of Us” des Goo Goo Dolls. Après les deux écoutes apparemment obligatoires, j’en ai déduit cette critique (souvenez-vous, nous sommes alors en Septembre):

Les Goo Goo Dolls essayent d’être beaucoup d’autres groupes. Les Smashing Pumpkins, d’abord, mais ils sont très loin d’avoir la rage nécessaire. Les Stereophonics aussi, mais c’est tellement évident qu’ils échouent misérablement. Il essayent aussi d’avoir un hit sur toutes les radios du monde, et ont malheureusement le niveau. Leur power-pop est noyée dans des platitudes forcées évoquant une version masculine d’une chanson de Taylor Swift. Sur tout un album. Bien sûr, dans cette sous-catégorie des genres musicaux « Something for the Rest of Us » est probablement correct. Comparé à de la vraie musique, c’est la pire chose que j’aie entendu cette année.

Arcade Fire : "The Suburbs"

Et ça l’est toujours, trois mois après. Félicitations pour avoir fait le plus mauvais album de 2010 ! Quant au favoris de En100Mots pour cette année, les nominés doivent-être “Brothers” des Black Keys, “The Suburbs” d’Arcade Fire et “Are the Roaring Night” des Besnard Lakes.

Les deux premiers ont étés remarquables de deux façons au moins, puisqu’ils sont en effet d’excellents albums, mais ils ont également souligné les changements dans la musique de leurs créateurs. Les Black Keys ont ouvert leur habituel Blues Rock sale et grincheux à des influences plus “douces”, s’offrant ainsi à un grand public bien mérité. Quant aux Canadiens d’Arcade Fire, leur pop orchestrale grandiloquente a été quelque peu calmée, résultant en un travail pourtant toujours puissant et démonstratif.

Les Besnard Lakes évoluent toujours plus loin des projecteurs que ces deux derniers groupes. Leur musique est souvent décrite comme cinématique – c’est un mélange de rock indé, psychédélique et orchestral qui offre à l’auditeur une ballade le long de paysages musicaux magnifiques (ou terrifiants). “Are The Roaring Night” a confirmé leur talent certain pour de telles créations et, après seulement deux albums, ils sont déjà en voie de devenir une référence pour ce genre intéressant.

Le prix revient néanmoins aux Black Keys et à “Brothers”. En gardant leur identité en tant que duo de Bluesmen tout en élargissant leur public, ce combo venu de l’Ohio a créé un album qui est à la fois riche et accessible, une performance qui perdure toujours, une fois l’aura des deux premières écoutes passée. Voici ce que j’en disais en Avril:

The Black Keys, deux Américains barbus, enfermés dans les sous-sols de l’Ohio et commentant un blues gras, agressif et entraînant – voilà ce que chaque gamin devrait vouloir devenir en grandissant. Jouer de la guitare, inspiré par le blues électrique de Hendrix et, avec un comparse batteur, construire des morceaux aussi fiévreux et denses que ceux que l’on trouve sur « Brothers », le 8ième album du groupe. Les habitués remarqueront un coté pop plus prononcé ici et là, mais dans l’ensemble les Black Keys ne déçoivent pas. Pour les autres, vous êtes en retard, il est temps de vous y mettre.

Hooray, alors, et une bonne nouvelle année.

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Written by Benoit Rajalu

janvier 2, 2011 at 23:27

Publié dans En1000Mots

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